Comme dans le reste de l'Europe, l'UMP est arrivé en tête du scrutin en obtenant son meilleur score depuis l'instauration de ces élections en 1974. Le parti présidentiel obtient 28,4% des voix exprimés. Ce bon résultat s'explique notamment par le bon traitement médiatique et le bilan positif de la présidence française à la tête de l'Europe, mais aussi par le fait que les électeurs n'ont pas vu en ce scrutin un enjeu national. L'UMP arrive en tête dans chacune des huit circonscriptions et décroche 29 postes au Parlement Européen à Bruxelles. Parmi eux, on retrouvera notamment Brice Hortefeux dans le Centre, Dominique Baudis dans le Sud Ouest et Rachida Dati, Michel Barnier élus en Ile de France.
Cette dernière circonscription a en revanche été fatal au socialiste Benoit Hamon, 3ème de la liste PS qui n'a obtenu que 14% soit près de 10 points de moins qu'en 2004. Ce chiffre illustre parfaitement la débâcle des socialistes et les mauvais scores du PS dans le pays. Le parti subit un nouveau revers, et n'obtient que 16,5% des voix soit 12 points de moins que cinq ans plus tôt. Seuls 14 députés socialistes siègeront à Bruxelles. Des mauvais résultats qui s'expliquent très simplement par le fait que le Parti Socialiste s'est trompé de stratégie en adoptant un antisarkozysme primaire et en appelant au vote sanction. Il aurait pourtant pu profiter d'éléments favorables du contexte sociale actuelle. Le PS a pourtant oublié en route les propositions. Les professions en étaient une des ultimes illustrations hélas. De plus, il est incontestable que le Parti dirigé par Martine Aubry n'a toujours pas fait la synthèse et est gangréné par une lutte de clan. Le meeting commun entre la Première Secrétaire et maire de Lille, et Ségolène Royal n'a pas eu l'effet escompté. Hier soir, les grands noms du PS ne paraissaient toujours pas avoir compris le message en continuant à marteler que 70% des électeurs avaient reporté leur vote sur une autre liste que celle de l'UMP. L'analyse peut trouver ses arguments, mais on pourrait ajouter qu'à l'opposé 84% des gens n'avaient pas voté pour le PS. Les socialistes ont du travail à faire pour éviter une nouvelle déconvenue aux Régionales dans maintenant un an.
Comme le PS, le Modem s'est trompé de stratégie. Dans son optique présidentielle et sa longue vue vers 2012, François Bayrou n'a cessé d'attaquer Nicolas Sarkozy à un tel point qu'il en a oublié de parler du sujet essentiel
de ce scrutin : l'Europe. Avec ses 8,5% des voix, le Modem se retrouve dans une situation bien difficile. Et il est inconstestable que les attaques frontales et déplacées à l'égard de Daniel Cohn-Bendit sur le plateau de " A vous de juger " sur France 2, jeudi soir, lui ont coûté très cher. Son électorat encore beaucoup trop stable s'est reporté vers l'UMP d'une part et d'une autre vers Europe Ecologie, le parti de Cohn-Bendit. Six députés sont élus au Parlement Européen.
Europe Ecologie est la grande surprise de ces élections européennes 2009. Avec 16,3%, il talonne le PS de très peu. Comme le parti dirigé par Martine Aubry, Europe Ecologie comptera 14 députés européens, dont notamment José Bové, dans le Sud Ouest, Yannick Jadot, ancien responsable de Greenpeace France, dans l'Ouest, Eva Joly et donc Dany le Rouge en Ile de France. Là où le PS et le Modem ont échoué, Europe Ecologie a réussi un coup de maïtre en plaçant l'Europe au centre de ses préoccupations. Qui aurait parié sur un si bon score d'Europe Ecologie, il y a encore deux mois de cela ? Pas grand monde, mais ses leaders ont su au travers des meetings convaincre l'électorat socialiste et la partie gauche du Modem. On évoque aussi l'effet de la diffusion du film de Yann Arthus Bertrand, "Home", vendredi soir et très grand succès en DVD depuis samedi. Mais le bon résultat du parti doit surtout à mon avis à sa bonne campagne de terrain pendant plus de six mois.
Derrière le FN décroche 3 sièges et réalise un bon score dans la circonscription Nord-Ouest avec Marine Le Pen. Le Front de Gauche obtient 4 députés européens. Les débuts ont été durs pour le NPA de Besancenot qui n'obtient aucun siège.
Et comment ne pas parler de l'abstention qui est le grand enseignement de ce scrutin ? En effet, près de 60% des citoyens inscrits sur les listes électorales n'ont pas jugé bon de faire le déplacement. Ce résultat est supérieur de 3 points à celui de 2004 et peut s'expliquer par plusieurs facteurs :
- une campagne très courte et très peu médiatisée. Et l'Elysée n'y est pas pour rien là dedans.
- la crise est passée par là et a fait beaucoup de mal. Le sentiment que l'Europe n'a protégé de rien face à cette situation est grand.
- 2005 a aussi laissé des traces, et le sentiment d'avoir été trompé est grand. Pour rappel, la Constitutionun Européeenne avait été refusé dans les urnes avant d'être revoté à l'Assemblé dans une version un tantinet modifiée.
- Le rôle de l'Europe et de son Parlement reste encore bien délicat à définir pour bien des citoyens, d'où un très faible intérêt.

